Quand des combattants en passe de subir une défaite tombent dans le doute et le désespoir, ils espèrent un héros pour sauver la situation.
Il est aussi question de héros dans Le Signe, à la différence qu’il ne s’agit pas de gagner une guerre, qui répand la mort, mais de lutter contre le péché et de répandre la Vie, et que ce n’est pas un seul héros, mais des héros, voués à être aussi nombreux que l’amour est voué à être grand, que le Père envoie sauver l’humanité.

Si je n’ai rien, je ne peux qu’espérer avoir.
Le héros m’aide à avoir la Vie, l’essentiel ; il ou elle comble mon espoir.
Mais si j’ai déjà beaucoup sauf la Vie, mes tiroirs béent, je désespère de ne pas avoir plus, toujours plus.
Alors le héros n’est pas celui qui me donne plus,
mais celui qui m’enlève l’inessentiel.
Le héros du Père peut sauver de sa soif inextinguible l’humain en lui faisant comprendre que seule la pénitence crée le Bien, que seul le Bien abreuve, vainc le Mal
et permet l’avènement du Jour d’un autre monde.
(Source : Fondation Gala-Salvador Dalí.)
L’Histoire est celle d’un illimité champ de bataille où par-ci par-là a surgi un héros, qui de toute façon n’a jamais vaincu le péché ni remporté de définitives victoires.
Mais certains ont fait beaucoup plus. Ils ont évité à l’humain de perdre complètement sa nature spirituelle et de tomber dans l’inimaginable souffrance du péché des péchés (Signe 38/2). Entre autres Zoroastre (xviii/3), Noé, Bouddha, Abraham, Moïse, Jésus, Mouhamad, les vrais, pas les personnages que reflète le miroir déformant d’une Écriture passée sous le calame. Ce sont les silhouettes de ces héros-là que Le Signe fait voir à travers la silhouette du prophète d’Arès, leur émule, que les pénitents sont appelés à suivre (xxxv/4-12).
L’homme n’étant déjà plus que l’ombre de son Créateur, l’inimaginable souffrance du péché des péchés peut commencer à tout moment, à moins que l’homme cesse de se décomposer spirituellement, de se couper nûment du Tout de Vie. C’est tout l’enjeu du Signe et de l’héroïsme des pénitents et moissonneurs qu’elle appelle.
Notons que, depuis Adam (Signe 2/1-5, vii/1-16), le comble du malheur par le péché a été évité aussi longtemps que pour la plupart des humains la vie a été fruste et précaire, car contrairement à ce qu’on croit le dénuement, tout injuste et regrettable qu’il soit, n’est pas la cause du désespoir ; c’est la profusion qui l’engendre en causant l’insatisfaction.
Toutefois, même si c’est dans la profusion que surviendra la catastrophe du péché des péchés (Signe 38/2), elle n’affligera pas l’homme matériellement comblé, puisque Dieu lui avait donné jouissance de la matière ; elle surviendra parce que l’homme comblé, ayant totalement oublié son fond spirituel, aura fait de la matière son unique dieu.
Le Père aura alors perdu tous ses Enfants (Signe 13/5). Il abandonnera à sa souffrance une humanité spirituellement morte. Il n’enverra plus de héros. J’ignore si nous sommes les derniers, mais ce n’est pas invraisemblable.
C’est là qu’on voit que Le Signe est déjà en elle-même héroïque, parce que c’est l’Amour Qui l’a inspirée et que le monde en la rejetant rejette l’amour.
Quand je vais en mission par les rues, dans la grisaille d’automne, le froid d’hiver ou la chaleur d’été, la Parole à mes lèvres, mes tracts à la main, dans la foule apathique, je me sens misérable comme l’apôtre plutôt que glorieusement héroïque comme Gilgamesh ou Siegfried. Je ne me sens pas héros. Je le suis cependant, parce que le Mal est si fort que seul le vaincra un héros (Signe xxxv/4-12).
« La Légende Dorée » raconte le fameux Georges Tropéophore (le porteur de Victoire, 10/7, 29/4 33/2) qui, par la force tirée de sa foi et de sa vertu, tue le mal, métaphorisé en dragon, qui va dévorer l’humanité, allégorisée en fille de roi, et donne au peuple peu éclairé spirituellement la Lumière et la vraie foi. Le Signe, en termes tout différents mais suivant un même plan de Fond — Il faut tuer le Mal avant qu’il nous dévore — nous raconte par anticipation notre possible victoire sur le mal par la pénitence et la moisson de pénitents. Tous mes frères et sœurs qui avec moi revêtent la tunique de héros, changeront, ou sauveront, le monde (28/7).
Réussir sa vie de nos jours, c’est faire une bonne carrière, avoir une bonne retraite, une bonne assurance maladie. Nous ne nions pas la légitimité de cette réussite matérielle, mais une vie réduite à cette seule attente nous fait honte, si elle est spirituellement vide et sans âme, sans l’idéal de vaincre le Mal et de changer le monde (Signe 28/7), ce que je ne peux faire sans changer ma propre vie (31/11), sans faire pénitence et moissonner des pénitents. Voilà notre épopée ! Le héros se reconnaît à son épopée.
Notre épopée est simple. Le héros de Dieu n’est pas un surhomme puisqu’il peut être fatigué, déçu, contrecarré, persécuté, mais c’est justement parce qu’il supporte tous ces tourments qu’il est un héros. Comment imaginer que le pauvre être, les tracts à la main, sa voix sans charme à peine perçue par les passants, mettra le feu au monde ? Mais oui, c’est ça un héros, l’inattendu, non le merveilleux censé être doué de forces mystérieuses. Le surnaturel n’est pas fantastique ; ce qui me frappa le plus en Jésus qui m’apparut et me parla en 1974, c’est qu’il était, tout en vivant au firmament, un homme comme moi. Je compris alors que le Bien était beaucoup plus proche de nous que nous le croyions. Roger Bacon fut écroué au XIIIe siècle pour avoir dit « qu’aucun sermon ne donne de certitude, parce que seule l’expérience la donne » et pour s’être mis à observer l’ordinaire. C’est lui qui avait raison. L’ordinaire Jésus descendit de l’univers pour me rendre visite en 1974 et, pour impressionnantes que furent les théophanies de 1977, ce n’était quand même pas la guerre des étoiles. Et que m’ont dit Jésus et le Père ? Que c’est par l’ordinaire — tout juste fait de pénitence et de bien ordinaire, mais total — que moi et mes compagnons, improbables héros, nous vaincrons le Mal.
Nous sommes des héros.
© Michel Potay 2017 — Tous droits réservés


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