« Mon Noir et le grand Noir du monde, c’est pareil, » dit l’entrée 167 du blog.
Oui, mais mon Bien n’est pas le bien du monde.
Même si le bien que ma pénitence crée n’est déjà plus ce que le monde appelle le bien,
il n’est pas encore le Bien auquel le Père destina Adam avant la Chute et que nous devons reconstituer.

Le Mal et le Bien ne sont pas deux lutteurs aux prises.(Photo : Mohammad Hassanzadeh / Tasnimnews, Wikimedia)

Le Mal et le Bien ne sont pas deux lutteurs aux prises.
Photo  : Mohammad Hassanzadeh / Tasnimnews (Wikimedia)

Le Signe sort des idées générales. C’est pourquoi certains n’y voient goutte, d’autres la trouvent ridicule ou nocive, et nous Pèlerins d’Arès nous y attachons corps et âme et répandons son Enseignement. Voici, vue sous l’angle du Signe, la position du Bien par rapport au Mal.

Cet été, nous avons, sœur Christiane et moi, vu un film sur Arte  : « Blindness », qui signifie « Cécité ». L’intrigue du film, bien interprété (Julianne Moore, Danny Glover) et d’une dureté par moments insoutenable, est totalement romancée et même invraisemblable  : Une épidémie mystérieuse rend toute une population aveugle.
En surface, « Blindness » est une parabole sur l’aveuglement de la société de consommation qui non seulement garde mais intensifie quand tout va mal les vices et les qualités qu’elle avait quand tout allait bien. Toutefois, aussi palpitant soit-il, ce n’est pas comme spectacle que « Blindness » m’a intéressé.
En profondeur, par contre, la question que le film pose — philosophique ou spirituelle selon les dispositions du spectateur — m’apparut assez vite et allait réveiller en moi une réflexion sur les rapports entre Mal et Bien, ou Noir et Blanc, que j’avais déjà eue au cours des quarante années passées. À savoir que les pires malheurs n’empêchent pas l’humanité d’accroître le Mal et de réduire le Bien plus encore et que donc le Bien ne prévaudra pas en étant le plus fort, mais en étant autre chose.

« Blindness » met en scène une épidémie de cécité  ; toute une population devient aveugle peu à peu. Le film se passe dans le groupe des premiers aveugles que les autorités enferment en quarantaine dans les dortoirs d’un hôpital où, faute de connaître l’origine de la cécité et son remède, elles les abandonnent à leur sort comme on abandonnait les lépreux jadis, leur envoyant seulement de la nourriture à travers des grillages d’isolement. Ces aveugles cloîtrés se montrent encore plus faibles ou plus forts, encore plus mauvais ou meilleurs, encore plus stupides ou plus intelligents, qu’ils n’étaient quand ils voyaient  ; leurs défauts confinent au pire ou leurs qualités confinent au sublime dans l’affreux abandon à eux-mêmes auquel ils sont laissés. Mais de derrière le drame apparaît une vérité, qui est le Fond des Fonds (Signe xxxiv/6), et qui depuis Adam n’a encore existé que chez de rares humains comme François d’Assise (xxxvi/3) ou Gandhi, à savoir que le Bien n’est pas une arme contre le Mal, mais un état apothéotique, la Fin des Fins (33/36). Cette vérité je l’avais déjà perçue, mais que je n’avais pas voulu développer avant de m’être accordé un long délai pour la prière et d’avoir entendu le Père me parler (39/2). Il m’a parlé par « Blindness ».

Dans le monde il y a le Mal et le Bien, mais l’idée première, généralement la seule, qu’on se fait des relations entre les deux est celle d’une lutte  : Actuellement sur terre le Mal, qui la plupart du temps se voit comme nécessaire, triomphe du Bien, même s’il arrive ici et là au Bien ou Blanc de triompher du Mal ou Noir  ; on voit en effet parfois la charité victorieuse de l’égoïsme, la vérité triomphant du mensonge, le pardon dominant la vengeance, etc. Mais, quel que soit le vainqueur ou le vaincu, l’idée que se font les gens du Mal et du Bien est celle d’une permanente rivalité ou compromis.
Eh bien, c’est tant qu’il y aura cette rivalité ou compromis entre Bien et Mal que le Bien n’existera pas par lui-même. Dans l’état actuel des choses, il y a dans la charité, la vérité, le pardon, comme une violence ou rudesse ressentie par ceux que la charité, la vérité, le pardon gênent, agacent et qu’ils finissent par combattre comme des inepties ou des folies. Qui n’a vu des humains refusant avec véhémence le pardon, parce qu’il leur paraissait une humiliation, un affront, quelque chose d’apparenté à la violence  ? Qui n’a rencontré des humains refusant la charité pour les mêmes raisons  ?
De ce fait, ce n’est pas en rendant le Bien plus fort que le Mal que le monde changera radicalement, parce que la lutte entre les deux demeurera la base de la morale. Or, il n’y a pas de morale dans la Parole du Père  ; il n’y a qu’un Appel au Bien.

Le Père n’oppose pas le Bien au Mal  ; Il veut le Bien pour le Bien.
Si l’on ne comprend pas ça, on ne voit pas pourquoi le Père laisse le fils, l’homme, libre du Mal, que l’homme considère comme un bien : la guerre par exemple.
Le Mal  et le Bien ne sont pas le recto et le verso d’un seul système.
Le Mal est un système que l’homme est libre de créer, le Bien un autre système pour lequel Dieu a créé l’homme.
Le Bien n’est pas une arme contre le Mal, mais un état en soi, qu’il faut généraliser, un état au-dessus de l’entremêlement des actes bons et des actes mauvais. La généralisation se fera à partir des Pèlerins d’Arès puis de petites unités humaines.

Le Bien total ne sera ré-acquis que peu à peu. Actuellement, il a l’apparence du lutteur blanc contre le lutteur noir, parce que dans ces générations les meilleurs humains sont encore des brutes. Mais le Bien dans sa finalité est un état de sérénité et de bonheur, non d’adversité.
Si le Bien est perçu comme lutteur, il est mal perçu. Ne remarque-t-on pas que la société n’est pas quitte envers les hommes de bien, même si ceux-ci lui ont donné jusqu’à leur vie  ? C’est parce qu’elle voit l’homme de Bien comme un lutteur, non comme un nouvel homme — Voyez Jésus mort sur la croix pour la défense du Bien mais oublié par six milliards d’humains, qui ne voient en lui qu’un lutteur au lieu d’y voir la quintessence de l’homme, chair, esprit et âme (Signe 17/7), qui m’apparut et me parla en 1974..
Alors, mettons nos pas dans les Pas du Père comme Jésus fit (Signe 2/12). Loin de nous l’idée de la bonté comme charité, qui disparaîtrait quand le mal disparaît. La Bonté est éternelle. Abandonnons l’idée de pénitence comme aumône faite au monde dans la misère du mal et l’idée de pénitence comme épée contre le mal, parce qu’elle est aussi éternelle que le Bras qui la soulève (35/14). Oublions l’idée que la pénitence serait un sacrifice de soi contre le mal  ; « il faut perdre l’habitude de se sacrifier alors qu’en fait on se satisfait », comme disait Diderot. Pénitence n’est pas religion ou politique qui n’existe que si un adversaire lui est opposé et qui, même parfois, s’invente un adversaire. La pénitence est changement d’état, métamorphose, transfiguration, Bien en soi, non un coup de poing dans la gueule du Mal.

Il faut, dit Dieu, une nouvelle humanité, de nouvelles chair et peau  : le manteau neuf (Signe 1/1). Il faut en finir avec le paradigme du glaive ou de la lutte (Matthieu 10/34), inévitable dans un premier stade, et passer au paradigme des artisans de la Création, que nous sommes.
Nous ne resterons pas des combattants, mais deviendrons des co-créateurs  : les images et ressemblances du Créateur (Genèse 1/26-27), dont la Création ne cesse jamais (Signe xxii/12). Le Jour du Père (31/8) n’est pas le moment où bonté et pénitence deviennent inutiles et disparaissent, mais le moment où elles sont les outils d’un enrichissement ininterrompu de l’Univers.
Nous ne pouvons en rester à une vision sociologique ou objectiviste du monde, à de vifs échanges entre Bien et Mal, à un donnant-donnant. On ne changera pas le monde par un échange de Bien contre Mal, de Blanc contre Noir, car alors le Mal peut retriompher du Bien plus tard. Notre action est l’acte de naissance d’un nouvel homme, d’une nouvelle racine d’homme.

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