J’entends la pierre, dit le Père (Signe xxiv/6)
La mission doit entendre le monde.

Source : Designer IA (Microsoft)
Je ne me désintéresse pas de mon blog. À preuve cette nouvelle entrée. J’ai récemment consacré moins de temps à la page de commentaires, parce que je suis débordé de tâches dont certaines imprévues, comme le coup de main que je donne à une mission dans le Sud.
Mais si la réalité pure et dure d’une mission locale absorbe une part de mon temps et de mon énergie, elle n’est pas sans profit spirituel pour ma mission générale.
Reprenant, à 81 ans, le face à face avec l’homme de la rue, j’ai vu combien en moins de deux décennies sa psyché et ses valeurs avaient changé. Une adaptation s’impose à chaque étape de la vie spirituelle et apostolique comme à chaque étape de la vie quotidienne.
Nous ne pouvons pas, mes frères, mes sœurs et moi moissonnant ce Champ méditerranéen, repenser notre mission autrement qu’en pensant beaucoup, en pensant de concert avec l’homme de la rue qui vient nous écouter parler du Signe.
Puis-je communiquer à l’autre l’insolite et rebutante nécessité d’entrer en pénitence et de rejoindre le petit reste de pénitents sans lui ouvrir mes oreilles et mon cœur autant que j’ouvre ma bouche ? Quiconque sur un sujet aussi difficile parle sans écouter n’est pas entendu, parce que Le Signe est une déconstruction de la religion de sorte que, de prime abord, elle semble annuler toute nécessité d’appartenance. Or, elle ne nie pas l’idéal chrétien du collège apostolique, le petit reste (Signe 24/1), parce que des pénitents ne peuvent agir efficacement pour eux-mêmes et pour le monde qu’en cohérence collective, partagée.
Déconstruction Le Signe l’est, mais loin d’abolir la foi, elle la tourne au contraire vers des valeurs non dogmatiques mais autosacralisantes, la joie et la fête de la transfiguration personnelle ou pénitence (Signe 30/11), seule rédemptrices et salvatrices, qui demande d’autant plus d’entraide et d’autodiscipline qu’elle est libre (10/10) et qu’elle ne vient pas du dehors, pas de la religion, pas d’une « grâce imméritée ». Ce changement de vie (30/11 autre terme pour pénitence) naît de la nature et des entrailles de l’homme telles qu’elles s’expriment avant même qu’il soit pénitent et qui resteront telles après qu’il aura décidé de l’être. Voilà pourquoi le missionnaire écoute s’exprimer l’homme à qui il s’adresse.
Notre appel aux hommes, pour commencer, s’énonce par le kérygme du Signe, la ligne de Vérité à suivre pour retrouver la Source et la Vie (Signe 24/4-5), changer nos vies (30/13) et changer le monde (28/7) : Ce que « Nous Croyons, » pourquoi et comment nous en attendons le salut ici-bas et dans l’au-delà et même au delà de l’Histoire.
Mais la ligne de Vérité, basale, suffit rarement à réveiller un pénitent et moissonneur qui sommeille. Dans ce monde moderne, sillonné par des idées de toutes sortes comme par des coulées de pierrailles stériles, le sommeil des pénitents et moissonneurs potentiels est si profond et composite qu’il est comme minéral (Signe 14/1). Il faut prolonger la ligne de Vérité par une ligne d’intelligence (35/5), ardue et longue, celle du tailleur de pierre. Il faut tailler le Pèlerin d’Arès nouveau dans la pierre où il dormait, de sorte que le Père puisse l’utiliser pour la rédemption du monde.
Je suis tout à la fois réveillé, réveilleur et sculpteur d’âmes.
L’homme de la rue que nous appelons à nous connaître et à nous suivre est d’abord un bloc fermé à notre kérygme. Il peut hélas le rester interminablement. Mais si sa bouche s’ouvre, c’est un grand moment. En laissant couler sa pensée il nous donne la possibilité de lui répondre. Nous devons alors comme le Père entendre la pierre (Signe xxiv/6-9). Ne jamais faire poliment semblant d’écouter, mais bien entendre, c’est-à-dire comprendre, libre de tous préjugés. Répondons dans le respect des expériences et des ressentis personnels avec leurs variantes, leurs ellipses, leurs disparates, même si c’est toujours sous réserve de réflexion et de vérification.
La mission qui sans cesse opposerait le kérygme aux innombrables variations de la Vérité cachée dans le vaste chaos du monde, ne serait pas intelligente (Signe 32/5). Elle serait religieuse. Or, nous ne sommes pas une religion. Nous sommes des libérateurs spirituels (10/10) libérant des humains très divers sur des terrains culturels et moraux non moins divers. Par conséquent, notre mission n’est pas qu’une transmission d’idées, aussi authentiques soient-elles, puisque venues du Créateur, c’est aussi un terrain d’enrichissante rumination pour le missionnaire comme pour son auditeur.
L’arduité pour le missionnaire n’est pas dans le souci et l’effort d’éradiquer tout ce que croit et fait l’auditeur pour en faire un Pèlerin d’Arès, parce qu’un Pèlerin d’Arès n’est pas nécessairement un croyant qui a coupé toutes ses racines. L’arduité est dans une recherche patiente des liens, de tout ce qui qui peut lier l’héritage moral, les comportements différents de l’auditeur à l’accomplissement du Bien, la pénitence active.
L’homme est malheureux, souffre et meurt, prétend chaque religion, parce que telle est l’irrémédiable condition humaine, et il ne trouve charité et réconfort dans ce monde et salut dans l’autre monde qu’en pratiquant la foi et la piété qu’elle prescrit. Non, réplique Le Signe, l’homme est malheureux parce qu’il a créé le mal et que le mal frappe au hasard innocents et méchants ; foi et piété — un credo, une prière, une loi, un calendrier de culte — ne sauvent pas par elles-mêmes ; la victoire sur le mal et les ténèbres n’est pas virtuelle, mais réelle, dans le Bien accompli (Signe 35/6), elle se concrétise de pénitent en pénitent. C’est pourquoi nous avons dès 1974 commencé et nous continuons par la mission à rassembler un petit reste de pénitents (24/1), qui grandira de génération en génération.
Le salut résulte d’une action vivante qui s’élabore ou même qui s’invente, si je peux dire, d’heure en heure, parce qu’on n’est pas quitte avec le mal pour avoir seulement cru et prié.
« La Vérité totale n’a jamais été donnée à personne. Qu’en ferions-nous, du reste ? En discuter sans fin et sans comprendre, la langue cousue (xii/3) ? » ai-je écrit dans « Nous Croyons, Nous Ne Croyons Pas » (Le Signe, éd.1995 publié sous le titre La Révélation d’Arès, p.722). Autrement dit, il n’y a pas de vérité accessible et qui sauverait par le seul fait d’y croire. Il n’y a qu’une pénitence accessible et salvatrice, il n’y a que l’amour, le pardon, la paix, l’intelligence spirituelle et être libre de tous préjugés, qui sauvent. Dans cette action combinée seule réside le possible.
Action, donc évolution. Je dis à mes frères et à ceux qui viennent m’écouter : « Votre foi est évolutive comme votre pénitence. L’important est de ne jamais se décourager d’être bon et de chercher à rassembler des hommes bons. Seul le découragement est impiété (Signe 13/8). »
© Michel Potay 2011 — Tous droits réservés


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